L’Assemblée nationale ne veut pas des femmes

Dans le Nord-Pas-de-Calais, les élections législatives semblent encore devoir être une affaire d’hommes. Si la parité est en pleine évolution au sein de toutes les instances élues, l’Assemblée nationale reste un bastion masculin bien gardé.

A six mois des élections législatives, les candidats se mettent en ordre de bataille. Dans le Nord-Pas-de-Calais, les socialistes annoncent déjà quelles circonscriptions seront réservées aux écologistes et aux femmes.

Du côté de ces dernières, on commence à grincer des dents et à dénoncer une “parité de façade”. Cas d’école dans le Nord, où parmi les huit femmes candidates socialistes (sur 21 circonscriptions), Hélène Parra devra faire face au député sortant Marc-Philippe Daubresse, élu dans la 4e circonscription depuis 1992. Autant dire que ses chances sont maigres. Les femmes, nouvelles kamikazes du jeu législatif.

Pourtant, le Nord-Pas-de-Calais n’a pas démérité au jeu de la parité, et les pourcentages de femmes élues sont presque toujours supérieurs aux chiffres nationaux. Par exemple, on trouve 33% de sénatrices dans le Nord-Pas-de-Calais, quand on en trouve 22% au niveau national.

Les femmes au Sénat.

Et depuis 2000 et l’adoption de la loi sur la parité, la représentation des femmes a beaucoup évolué dans cette région, jusqu’à passer de 22% de femmes conseillères en 1995 à 38% en 2008. Seul bémol notable : les femmes représentent seulement 11% des députés de la région.

Les femmes à l’Assemblée nationale

Hors de la loi, pas de salut

Mais c’est là que se situe le problème : les femmes n’ont pas réussi à réellement s’imposer au-delà des élections locales. Conseillères ou adjointes municipales, conseillères régionales : elles ont du succès dans les communes. Mais dès qu’il s’agit de la députation, on peine à atteindre les 11%.

Les femmes à la mairie

Rien d’étonnant, puisque la loi impose la parité uniquement dans les scrutins de liste. Ce qui exclue automatiquement les élections législatives et sénatoriales, toutes deux à scrutin uninominal. Et quand il y a moins de places, on privilégiera presque toujours les hommes.

En mai 2011, à l’occasion de la remise de prix de “la Marianne de la parité”, l’Observatoire régional de la parité dans le Nord-Pas-de-Calais dresse un premier bilan : les communes les plus ouvertes à la parité sont dans la “classe moyenne” (c’est-à-dire plus de 3500 habitants).

Les communes du Nord-Pas-de-Calais respectant la parité 

Là encore, pas de surprise, puisque la loi du 31 janvier 2007 contraint uniquement ces communes à respecter la parité dans les exécutifs régionaux et municipaux. L’égale représentation des hommes et des femmes est donc bien en train d’évoluer, mais presque exclusivement là où la loi l’impose.

Pour Anne-Marie Marnier, militante MLF de la première heure et fondatrice de l’Observatoire régional de la parité dans le Nord-Pas-de-Calais, c’est une évidence : hors de la loi, pas de salut. “Nous nous battons pour un changement culturel, pas quantitatif. Mais on l’a bien vu au moment de la loi sur l’avortement : pas de véritable révolution culturelle sans l’instauration préalable de bases juridiques”, explique-t-elle.

L’art du détournement

Et encore, bien souvent, la loi ne suffit pas. Le détournement des règles de la parité est devenu un sport très pratiqué par les partis politiques. Car la seule contrainte qui pèse sur les partis est d’ordre financier et consiste en une retenue sur les dotations qui leur sont versées lors de la désignation des candidats pour les législatives. Bien souvent, les partis préfèrent perdre de l’argent plutôt que d’imposer des candidates. A ce jeu-là, l’UMP est championne.

Montant retenu sur la dotation des partis politiques ne respectant pas la parité.

Il suffit de voir la manière dont le Premier ministre François Fillon essaye de ravir sa circonscription à Rachida Dati, la maire du 8e arrondissement. Ou, quand on veut sauver les apparences, comme le PS, il suffit de placer une candidate dans une circonscription où elle est sûre de perdre. Dans le Nord, sur les huit candidates socialistes aux législatives, trois ont été placées dans des circonscriptions détenues de longue date par l’UMP.

Le poids des partis

Les préjugés ont la vie dure. Encore aujourd’hui, les gens sont plus prompts à voir un homme tenir les rênes d’une collectivité. Pourtant, c’est avant tout le système politique “des notables” qui est mis en cause par la plupart des féministes.

“Il y a un véritable plafond de verre qui est mis en place au niveau des partis”, n’hésite pas à dénoncer Françoise Maillard, responsable lilloise de “Elles aussi”, association pour la parité politique. “Nous nous battons contre le cumul dans le temps et dans l’espace des mandats des éléphants.” Pour cette ancienne conseillère municipale de Gondecourt, c’est le carriérisme quasi systématique des hommes politiques et le manque de fluidité de la classe politique qui pénalise les femmes. Même problématique pour les jeunes, et les “personnes issues de la diversité”.

Paradoxalement, dans une région dominée par la figure de la Lilloise Martine Aubry, c’est la candidature de Ségolène Royal à la présidentielle de 2007 qui a été vécue comme un déclic pour de nombreuses femmes. Pour la première fois, on a sérieusement envisagé qu’une femme devienne président de la République.

“En voyant Ségolène Royal se présenter au poste suprême, beaucoup de femmes se sont dit que c’était possible. C’est moins le cas avec Martine Aubry, car elle affiche une carrure plus masculine”, confie Anne-Marie Marnier. Il est long, le travail de déconstruction des préjugés.

2014 : mauvaise année pour la parité

“Depuis quelques années, il y a un blocage, voire une régression au niveau de la parité. On assiste à une sorte de retour conservateur à tous les niveaux de la société. Et cela passe par la place des femmes”, constate Françoise Maillard. Un tableau sombre qui ne l’empêche pas d’être optimiste pour le futur. “Les changements culturels s’envisagent sur le long terme.”

La principale crainte des associations féministes, aujourd’hui, c’est la réforme des collectivités territoriales. En mars 2014, conseils régionaux et généraux seront fusionnés en un seul, avec élection au scrutin uninominal. Résultat : moins de places disponibles et un scrutin connu pour favoriser les candidats masculins. Dans une étude, l’Observatoire national de la parité estime que le pourcentage de femmes élues au niveau régional passera passera de 29,4% à 20,5% après 2014. une tendance à la baisse qui se retrouvera sur l’ensemble du territoire français.

Delphine Roucaute et Florencia Valdés Andino

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